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Le progrès, par définition, c’est avancer, aller de l’avant. Mais demain sera-t-il synonyme de meilleur ? Pour éclairer l’avenir, EDF Pulse vous invite à un passionnant tour d’horizon du progrès sous toutes ses formes. Bon voyage dans le monde de demain !

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#Culture

Les «vinyl diggers», des chercheurs de trésors sonores

Les «vinyl diggers», des chercheurs de trésors sonores

Les « diggers » (littéralement « creuseurs ») sont des passionnés qui courent le monde à la recherche des trésors perdus de la musique. Un travail d’archéologie complètement ancré dans les musiques actuelles. Le progrès, c’est aussi ne pas laisser les bons côtés de notre histoire.

Une piste poussiéreuse, balayée par les vents secs du désert. Plusieurs heures de 4 × 4 conduisent l’archéologue dans un hameau perdu au nord de Tombouctou, au Mali. L’homme s’approche d’un arbre sans âge au pied duquel l’attend un chef de village, peut-être aussi vieux que le bois qui le soutient. Le visage souillé par la route, l’aventurier prend la parole après avoir bu le thé de bienvenue : « On m’a dit que je pourrais trouver ici l’album du groupe Super Biton National de Ségou. » Par chance, le chef de village sait de quoi parle cet étranger. Il lui indique le chemin d’une case. Au milieu du désordre, le « digger » trouve son bonheur. Le 33 tours est là. Il n’attendait que lui pour être ramené à la vie.

« Vinyl diggers », les chercheurs d’or musical

C’est le genre d’histoire que se racontent les « diggers » (« creuseurs », ou plus exactement « fouilleurs »), ces orpailleurs de musique oubliée, le plus souvent africaine. La plupart occidentaux, ils sillonnent le Ghana ou l’Éthiopie à la recherche de vieux vinyles. Le mouvement est apparu dans les années 1980, à la naissance du hip-hop, quand les artistes en quête de samples fouissaient le passé à la recherche de sons venus de l’âge d’or du vinyle : les années 1960-1970. À cette époque, plusieurs genres musicaux émergent (funk, pop, psychédélisme, folk, rock, soul) et se télescopent joyeusement dans les baffles du monde entier. On parle du punk rock cambodgien, de la soul ivoirienne, du funk ghanéen… Une véritable mine d’or créative. Comme le dit l’Américain Zac Holtzman, amateur de rock cambodgien : « La world music ne se résume pas à un groupe péruvien jouant “El condor pasa”à la flûte de Pan pour les touristes. »

Une mine d’or pillée ?

L’Afrique est aujourd’hui le grand terrain de jeu de ces chercheurs, un territoire dont les « diggers » gardent jalousement les secrets : comme tout bon prospecteur, ils ne refilent pas leurs coins à champignons. Est-ce un pillage ? Une galette 33 tours achetée quelques euros se revend dix fois, cent fois plus cher sur eBay. Manu Boubli, un chercheur de vinyles, a cédé une rareté à un Japonais pour 120 euros, achetée 20. Le Japonais l’a aussitôt revendue 900 euros dans son pays… Il s’agit là d’un vrai business, mais aussi d’un négoce de passionnés, qui ne s’avère pas si rémunérateur. Les « diggers » se voient plutôt investis d’une mission sacrée de préservation d’un patrimoine culturel qui, sans eux, finirait dans les oubliettes de l’histoire humaine. En effet, les nouvelles générations africaines sont peu intéressées par la musique de leurs grands-pères et ont tendance à laisser les disques se dégrader.

Des gloires retrouvées

Ce travail porte ses fruits. Le Français Francis Falceto a créé la collection Éthiopiques, une trentaine de CD de musique éthiopienne qui ont notamment permis de redécouvrir Mulatu Astatke, un musicien d’éthio-jazz, qu’on peut entendre dans la BO du film « Broken Flowers » de Jim Jarmusch (2005). Au Mali, les Français dansent au son du Super Rail Band de Bamako, ou encore du Mystère Jazz de Tombouctou… Autant de sonorités métissées, qui connaissent aujourd’hui une nouvelle jeunesse. Le Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou enflamme désormais les festivals de rock et de jazz internationaux. On se croirait dans « Sugar Man ».

À la différence des chercheurs d’or, les « vinyl diggers » partagent leurs pépites avec le plus grand nombre, y compris les héritiers et ayants droit. Ce qui donne une deuxième vie économique à ces œuvres. Une entreprise de valorisation du patrimoine à saluer et à apprécier, avec les quelques exemples ci-dessous.

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